samedi 9 février 2019

La vie dans le train

 La vie dans le train


Qui a dit qu’on pouvait s’ennuyer dans un train ? Déjà la moitié de notre première étape, la plus longue de 2 jours et 2 nuits et nous n’avons pas arrêté ! Ce n’est pas tellement la contemplation du paysage qui nous occupe, d’une monotonie certaine quoique non dénué d’intérêt : une symphonie de blancs et de gris se perdant dans le brouillard, de la neige, beaucoup plus épaisse et poudreuse maintenant qui crisse sous les pas sur les quais, des arbustes couronnés de gros pompons blancs et des arbres, toujours des arbres ; de temps en temps, quelques isbas et, seule trace de vie, quelques silhouettes emmitouflées qui se hâtent certainement d’aller se remettre au chaud. C’est l’intérieur du train qui concentre la vie et ce wagon qui, au premier abord m’avait semblé vieillot et inconfortable, est rapidement devenu un cocon douillet, un rempart contre l’extérieur hostile et froid. Il faut dire qu’il y fait chaud, très chaud même, 26° et que seuls sont supportables un T-shirt et un pantalon de jogging qui font également office de linge de nuit. Etrange expérience que de voyager en pyjama et en pantoufles, en sueur, alors qu’il fait -12° de l’autre côté de la vitre. Cette amplitude thermique est source d’occupation. Quand le train observe 10 à 25 minutes d’arrêt dans une gare et que nous sortons nous rafraîchir un peu, il s’agit de s’équiper : on enfile un surpantalon de ski par-dessus le jogging/pyjama, une polaire, l’anorak de duvet, une cagoule ou un bonnet, des gants, des chaussettes de laine et les chaussures de rando. Une vingtaine de minutes et autant pour se déshabiller, une tasse de thé avec l’eau chaude du samovar pour se réchauffer et voila  une heure de passée. Les russes, eux, descendent en short et en claquettes avec juste une doudoune sur le dos ! Et puis, il y a la « chef de wagon » qui passe l’aspirateur dans les compartiments encombrés de sacs et la serpillère dans le couloir pour effacer les traces laissées par les semelles enneigées, les repas pique-nique achetés en vitesse sur les quais à prendre comme on peut sur un coin de table minuscule et l’étude des horaires du prochain arrêt afin de ne pas rater son coup pour se harnacher : trop tôt, on cuit en attendant, trop tard, on rate l’arrêt. Avec tout cela, je n’ai fait que 10 rangs de tricot et n’ai pas terminé mon livre. Je laisse à Bernard le soin de vous décrire le spectacle ferroviaire des trains croiseurs, de travaux, des passages à contre-voie qui augmentent encore grandement l’intérêt du voyage. Quant aux célèbres « rencontres du Transsibériens », elle se sont réduites jusqu’à maintenant à la compagnie des deux militaires avec qui nous partageons notre compartiment, deux jeunes qui font la gueule, seul terme qui convient pour décrire cet air buté et fermé qui tient lieu d’expression sur le visage des russes. A midi, l’un deux me tendit son téléphone qui me disait « do you have a knife ? ». Mon grand sourire et mon Opinel n’ont rien provoqué, pas le moindre tressaillement ni merci… Mais, deux fuseaux horaires plus loin, la visite d’un de ses copains plus ouverts a enfin déclenché une ébauche de conversation par écrit et téléphone interposé qui a malheureusement vite trouvé ses limites dans leur incapacité à transcrire mon Anglais écrit en alphabet cyrillique. Nous sommes donc passés aux photos de Dijon, St Gervais et la famille emportées sur la tablette et, depuis, le silence est retombé sur notre compartiment. Bientôt, ce sera la deuxième nuit bercée par le léger balancement du train.
Catherine.

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