La vie dans le train
Qui a
dit qu’on pouvait s’ennuyer dans un train ? Déjà la moitié de notre
première étape, la plus longue de 2 jours et 2 nuits et nous n’avons pas arrêté !
Ce n’est pas tellement la contemplation du paysage qui nous occupe, d’une
monotonie certaine quoique non dénué d’intérêt : une symphonie de blancs
et de gris se perdant dans le brouillard, de la neige, beaucoup plus épaisse et
poudreuse maintenant qui crisse sous les pas sur les quais, des arbustes
couronnés de gros pompons blancs et des arbres, toujours des arbres ; de
temps en temps, quelques isbas et, seule trace de vie, quelques silhouettes
emmitouflées qui se hâtent certainement d’aller se remettre au chaud. C’est
l’intérieur du train qui concentre la vie et ce wagon qui, au premier abord
m’avait semblé vieillot et inconfortable, est rapidement devenu un cocon
douillet, un rempart contre l’extérieur hostile et froid. Il faut dire qu’il y
fait chaud, très chaud même, 26° et que seuls sont supportables un T-shirt et
un pantalon de jogging qui font également office de linge de nuit. Etrange
expérience que de voyager en pyjama et en pantoufles, en sueur, alors qu’il
fait -12° de l’autre côté de la vitre. Cette amplitude thermique est source
d’occupation. Quand le train observe 10 à 25 minutes d’arrêt dans une gare et
que nous sortons nous rafraîchir un peu, il s’agit de s’équiper : on
enfile un surpantalon de ski par-dessus le jogging/pyjama, une polaire,
l’anorak de duvet, une cagoule ou un bonnet, des gants, des chaussettes de
laine et les chaussures de rando. Une vingtaine de minutes et autant pour se
déshabiller, une tasse de thé avec l’eau chaude du samovar pour se réchauffer
et voila une heure de passée. Les
russes, eux, descendent en short et en claquettes avec juste une doudoune sur
le dos ! Et puis, il y a la « chef de wagon » qui passe
l’aspirateur dans les compartiments encombrés de sacs et la serpillère dans le
couloir pour effacer les traces laissées par les semelles enneigées, les repas
pique-nique achetés en vitesse sur les quais à prendre comme on peut sur un
coin de table minuscule et l’étude des horaires du prochain arrêt afin de ne
pas rater son coup pour se harnacher : trop tôt, on cuit en attendant,
trop tard, on rate l’arrêt. Avec tout cela, je n’ai fait que 10 rangs de tricot
et n’ai pas terminé mon livre. Je laisse à Bernard le soin de vous décrire le
spectacle ferroviaire des trains croiseurs, de travaux, des passages à
contre-voie qui augmentent encore grandement l’intérêt du voyage. Quant aux célèbres
« rencontres du Transsibériens », elle se sont réduites jusqu’à
maintenant à la compagnie des deux militaires avec qui nous partageons notre
compartiment, deux jeunes qui font la gueule, seul terme qui convient pour
décrire cet air buté et fermé qui tient lieu d’expression sur le visage des
russes. A midi, l’un deux me tendit son téléphone qui me disait « do you
have a knife ? ». Mon grand sourire et mon Opinel n’ont rien
provoqué, pas le moindre tressaillement ni merci… Mais, deux fuseaux horaires plus
loin, la visite d’un de ses copains plus ouverts a enfin déclenché une ébauche
de conversation par écrit et téléphone interposé qui a malheureusement vite
trouvé ses limites dans leur incapacité à transcrire mon Anglais écrit en
alphabet cyrillique. Nous sommes donc passés aux photos de Dijon, St Gervais et
la famille emportées sur la tablette et, depuis, le silence est retombé sur
notre compartiment. Bientôt, ce sera la deuxième nuit bercée par le léger
balancement du train.
Catherine.
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