Deux jours à Irkutsk
Arrivés
à l’heure (8h28), notre logeuse nous attendait comme prévu à la sortie de la
gare. Nous sommes allés à pied jusque chez elle, en roulant péniblement les
bagages sous les arbres couverts de givre ; environ 900 m de trajet par
une température de – 30° !
Nous
logeons chez elle, un vaste appartement situé au rez-de-chaussée d’un immeuble
sans caractère :
Nous
avons une chambre assez grande, bien équipée :
Nous
partageons avec elle la cuisine (elle peut même nous faire à manger, moyennant
finances), et la salle de bains. A l’arrivée, elle nous a offert du thé avec du
pain perdu ; cela a bien complété le petit casse-croûte pris tôt dans le
train.
En
fin de matinée, nous sommes partis à l’exploration du centre-ville, situé à
environ 2,5 km de là ; des maisons de ville anciennes en bois sont
disséminées dans les immeubles mais ont gardé leur caractère :
Les
décorations sont souvent très travaillées :
Après
quelques pénibles recherches de l’auberge qui devait nous retenir une navette
pour le lac Baïkal, nous sommes rentrés en passant près de quelques édifices
religieux :
Une
cathédrale catholique reconstruite en briques après l’incendie de 1879 :
La
première église en pierres de Sibérie Orientale, édifiée en 1706. L’Eglise du
Sauveur, autrefois musée et maintenant rendue au culte :
Et
enfin la cathédrale de l’épiphanie,
édifiée en 1718 ; transformée en dortoir et boulangerie sous le régime
communiste, elle a été restaurée et rendue au culte :
La
rivière Angara, encore libre de glace à cause de son courant rapide,
« fume » le matin et le soir dans l’air glacial.
Admirez
le courage de Bernard qui fait sans rechigner de nombreuses et belles photos
malgré le froid glacial ! Les gros gants doublés de Goretex l’empêchant de
manipuler les boutons de l’appareil, il a marché toute la journée avec des
mains protégées uniquement par des sous-gants de soie et de simples gants de
polaire. Il faut dire que nous avons de la chance : hier il faisait -44°,
les écoles étaient encore fermées ce matin et la météo annonce un
radoucissement à -18° pour demain.
Irkoutsk
est de loin la plus jolie « grosse ville » que nous ayons vue jusqu’à
présent. On y sent les restes d’une prospérité ancienne basée sur le commerce
des fourrures, de la soie et du thé avec la Mongolie et la Chine de même que la
volonté d’être un foyer culturel et intellectuel au milieu de cette contrée
sauvage. Bien sûr, il faut faire abstraction des usines rouillées et autres
centrales abandonnées jusqu’au cœur de la ville ainsi que des fumées de celles
qui sont encore en service mais c’est habituel ici. La lumière était belle, on
se sentait loin de chez nous : une bien belle journée !
Nos
contacts avec les Russes sont toujours aussi déroutants. La majorité est du
style « ours mal léché » comme certains compagnons de compartiment
qui peuvent passer des jours et des nuits dans moins de 4m carrés avec 3 autres
personnes sans dire UN mot, comme ceux qui, aujourd’hui, nous voyant le nez
dans le plan de la ville et essayant de déchiffrer les noms de rue passaient
leur chemin en ignorant superbement ma demande d’aide ou en refusant de
répondre ou encore ceux qui vous lâchent exprès dans la figure des portes
extrêmement lourdes quand vous arrivez les deux mains prises par deux gros
sacs. Mais à Moscou, les hommes portent les valises des femmes dans les
escaliers et leur cèdent les places assises dans le métro et aujourd’hui, nous
nous sommes fait offrir un pot de confiture de baies sauvages faite maison par
la femme du gérant d’une auberge de jeunesse où nous ne logeons même pas.
Jamais dans nos autres voyages nous n’avions rencontré un tel contraste.
Le
choc thermique est aussi une première avec des amplitudes de 55° à
répétition toute la journée entre l’extérieur glacé et les intérieurs
surchauffés et les séances d’habillage et de déshabillage que cela implique. En
ajoutant à cela la marche sur des trottoirs plus ou moins verglacés qui
requiert une attention de tous les instants, on comprend qu’il était temps pour
nous de faire ce voyage vraiment hors normes. Et nous n’avons encore fait que
prendre la mesure de l’immensité du pays grâce au déplacement en train. Il nous
reste encore les glaces du Baïkal, la steppe mongole et les yourtes des bergers
nomades puis Pékin. Quel voyage !
Le
deuxième jour, pour aller au centre-ville, nous avons pris le tramway. Nous étions
près de la gare, donc de l’axe « lourd » du réseau où passent de
nombreux trams, mais nous en avons vu passer plusieurs avant d’avoir celui qui
nous emmenait où nous voulions. Tous les trams sont unidirectionnels,
mono-caisse avec 3 ou 4 portes sur le côté droit ; ce ne sont pas des
plancher bas : il faut gravir 3 ou 4 marches pour atteindre le
plancher :
L’intérieur
est aménagé de façon rudimentaire mais il est relativement bien chauffé ;
il est totalement vitré, ce qui procure une bonne visibilité…
…sauf
sur l’avant où le conducteur est nettement séparé :
Une
receveuse mobile vend les tickets entre chaque arrêt ; le coût d’un trajet
est de 15 roubles, soit 0,21€. Quand il n’y a rien à encaisser, elle a un siège
dédié en milieu de voiture, ce que j’ai appris à mes dépens au retour : il
y avait du monde et je m’étais assis sans le savoir sur son siège, ce qui fait
qu’à son retour à sa place, je me suis fait copieusement engueuler, d’autant
plus que pour payer, j’avais présenté un tas de pièces dans le creux de ma main
et qu’elle a été obligée de choisir ce qu’il fallait.
Bref,
nous voilà débarqués près de la maison Volkonski :
Volkonski était
un prince ayant participé au coup d’état raté contre le tsar du 14 décembre
1825, et condamné aux travaux forcés et à l’exil en Sibérie. Suivi
volontairement par sa femme, elle-même princesse, ils recréèrent à Irkutsk,
avec les autres couples de condamnés, une vie sociale et culturelle la plus
proche possible de celle qu’ils avaient connue auparavant, apportant ainsi la
« civilisation » à ce lieu reculé.
Leur
maison ressemble à celle d’un bon bourgeois du 19ème siècle :
De
là, nous sommes allés au marché, partie couvert, partie dehors. A l’intérieur,
poissons fumés, viandes en morceaux de 5-6 Kg…
A un stand de pâtisserie, un gâteau
pour les ferroviphiles :
A l’extérieur, plus étonnant, des fruits et
légumes naturellement congelés, sonnant comme des cailloux quand on les
manipule ; tomates, poivrons, baies diverses, même des bananes ! Le
tout soigneusement protégé par plusieurs couches de couvertures (de quoi ?
du froid extérieur ? de la chaleur – laquelle ?) :
Pour
terminer, un arrêt à l’Eglise de l'Elévation de la Croix, datant de 1758 :
L’accès
se faisait entre deux rangées d’icônes encadrées par des sculptures sur
glace :























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