samedi 9 février 2019

Deuxième journée dans le transsibérien


Deuxième journée dans le transsibérien


Pendant la nuit, nous avons traversé l’Oural dont nous n’aurons aperçu, dans le crépuscule et le brouillard, qu’un piedmont de collines couvertes de sapins assez semblable aux Vosges.

Au réveil, malgré les 26° du wagon, le bas des rideaux est collé à la vitre par la glace. Il doit faire froid dehors. Le soleil se lève sur une plaine sans fin. La neige a changé : moins profonde, plus ancienne, une neige sur laquelle le vent a soufflé, laissant à sa surface des lignes sinueuses comme sur le sable d’une plage. Plus de sapins mais des bouleaux entourant de vastes étendues dégagées, prairies ou champs cultivés, impossible à dire sous la neige.

Nous sommes en Asie, en Sibérie. Le thermomètre de la gare affichera -29° à midi. Les fumeurs descendus en short aux arrêts ont disparu mais Bernard en verra un en sandales !

A Omsk, le train couchette se vide. Les militaires descendent rejoindre leurs régiments. Nos deux compagnons en font partie et nous quittent sans dire au revoir, comme il se doit quand on est Russe. Nous continuons seuls pour l’instant et nous en profitons pour nous étaler un peu.

Restent dans le wagon quelques couples et quelques familles qui vont probablement quelque part, pas pour faire du tourisme. Avant de quitter le train, ils enfilent les tenues de ville, chemise, cravate, costume après avoir trainé toute la journée en pyjama. Les passagers se sont maintenant bien installés et chaque compartiment révèle la personnalité de ses occupants. Il y a ceux qui restent allongés toute la journée, les bordéliques entourés de toutes sortes de  sacs, les ordonnés qui n’ont presque rien sorti de leurs bagages mais presque tous passent la journée le nez sur leur téléphone. Finis les conversations et les jeux dans le Transsibérien. Nous n’avons également pas encore vu de saoulerie à la vodka.

Soudain, de violents coups résonnent dans tout le wagon. Je me précipite. La « chef de wagon » est en train d’attaquer les WC à coups de barre de fer ! Armée d’un seau d’eau bouillante et de la barre de fer qui lui sert en gare à décrocher la glace des roues et des freins, le pied sur la pédale du clapet qui ferme le tuyau d’évacuation (système toilettes avec évacuation directe sur la voie), elle brise énergiquement la glace qui s’est formée dans le dit conduit et notre urine congelée tombe sur la voie. En gare, elle avait déjà brisé la stalactite qui s’était formée dehors, à l’extrémité du tuyau. Un flot de russe dont le ton est parfaitement compréhensible se déverse sur moi. Inenvisageable de filmer ou photographier cette scène, je crois qu’elle m’aurait balancée sur la voie. Pour éviter les 3 heures de colle imminentes, je bats piteusement en retraite.  Ces « chefs de wagon », qui ont tout du « surgé » de notre enfance, règnent en maître absolu sur « leur » domaine. Malheur à celui qui, absorbé par la contemplation du paysage, obstrue le couloir quand elles passent avec leur seau, leur aspirateur et leur balai. Il y a tout intérêt à leur libérer la place en s’enfilant rapidement dans n’importe quel compartiment. J’ai subi leur vindicte hier en m’approchant innocemment de la porte des WC alors qu’elle était déjà fermée en prévision d’une arrivée en gare (20 min avant, pendant, et 20mn après ; heureusement que ce train n’est pas un omnibus !)

Voila, la matinée est déjà terminée. Il faut dire que nous perdons deux heures par jour. Je ne comprends rien à ces fuseaux horaires qui changent sans arrêt alors que le train est loin d’être un TGV. J’ai envie de rester dans ce train où on peut lâcher prise et se laisser conduire tout droit vers l’est mais il va bien falloir descendre et replonger dans la vraie vie. Je laisse le clavier à Bernard pour le récit objectif et ferroviaire.

Voilà ; c’est l’étude puis le choix des photos prises au vol durant la journée qui va guider l’élaboration de mon compte rendu.

Premier arrêt de jour de 2 minutes à Nazyvaevsk ; et là, oh surprise ! une loco monument. Évidemment, pas le temps de descendre pour cadrer ! Voilà le résultat :

Laissant, si l’on peut dire, le temps au soleil de prendre de la hauteur, le paysage ne change guère ; on arrive à Omsk, ville industrielle de 1,15 millions d’habitants, lieu d’exil de Dostoïevski. Juste avant, chaque voie de la ligne franchit la rivière Irtych par un pont à 6 travées :


Cette fois, notre train marquait un arrêt de 16 minutes, au premier quai !

Catherine en profita pour rentrer dans la gare pour acheter de quoi manger à midi : en fait, deux chaussons au poulet et à la pomme de terre… L’entrée dans la gare est plus majestueuse que le chausson, mais il fait bon dedans alors que dehors, le thermomètre affichait – 29° !

Je suis resté dehors pour arpenter le quai à la recherche de clichés intéressants. Voilà d’abord un diesel HLP (de manœuvre ?) qui doublait notre train :

Puis, sur le quai, un train de chariot à bagages… Les traditions ne se sont pas encore perdues !

Il apparaît, de manière générale, que le personnel est nombreux (bonne solution contre le chômage ?) mais que chacun a une tache bien définie, comme nous l’avions connu autrefois ; il est vrai aussi que le froid intense multiplie la difficulté des tâches. Par exemple, pour atteler la nouvelle loco au train à Barabinsk, il y avait, outre le mécanicien, l’atteleur qui surveillait le bon enclenchement de l’attelage automatique, celui qui accouplait les conduites de frein, un autre qui effectuait (sans doute avec un complice en queue) l’essai de freins, et je suis parti avant le raccordement de la ligne de train… Bien sûr, il y avait comme la veille, tous ceux qui ont « déglacé » les freins des voitures, les conduits d’évacuation des WC, les surveillants de quai, …
Bref, après cet arrêt, nous avons décidé d’aller voir (de l’intérieur) le wagon restaurant qui a, d’après certains guides, mauvaise réputation. Et, oh surprise, l’aspect était plutôt alléchant. Voici la salle :

Et le bar :

Mais le menu, bien présenté, était presque alléchant ; « le business lunch » était à 650 roubles alors que nous en avions pris un à 140 roubles à Souzdal.
Pour accéder au wagon restaurant, il faut traverser plusieurs voitures et passer par le « soufflet » = bourrelets UIC maintenant. Une première porte donne sur le « vestibule », non chauffé, qui permet de descendre sur le quai via un marchepied à 4 marches déployé par la « provodnitsa » (= conducteur de wagons lits) à chaque arrêt.

Maintenant, une deuxième (lourde) porte permet d’accéder au passage entre les deux voitures ; là, c’est la température extérieure ! ( – 25° )

Un arrêt de 2 minutes (respectées) à Tatarskaya permet la prise de quelques clichés au travers de la vitre de notre compartiment ; Voici d’abord un train, sans doute, de desserte locale (ce sont des automotyrices et elles se ressemblent toutes)

J’ai surpris un ensemble de deux wagons citernes encadrant un autre wagon fermé que j’identifierais bien comme un train déherbeur…

Avant d’arriver en gare, à la faveur de la réduction de vitesse, j’ai pu rephotographier un PN fermé avec ses plaques « anti-franchissement » relevées. Ce système permettrait peut-être d’éviter des accidents meurtriers mais il doit être onéreux à mettre en place mais moins cher qu’un passage supérieur !

A l’arrivée à Barabinsk, d’autres surprises m’attendaient. C’est une ville qui accueille des ateliers d’entretien du matériel ferroviaire. En voici une preuve avent l’entrée en gare :

Juste avant le BV, une loco électrique « monument » était placée sur un coupon de voie isolé et devait rappeler les débuts de l’électrification de la ligne.

De l’autre côté du BV, alors que je montais sur une passerelle condamnée pour prendre un train de charbon de passage,

quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, derrière les trains, une autre loco monument :

Et là, presque aucun obstacle pour l’avoir en entier !

Pour terminer cette journée, je vous montre une « rafale » de photos d’un train de fret afin d’illustrer la variété de la composition de la majorité des trains qui nous croisent.
 
 
 
 
 

Je vous donne RV au prochain épisode avec la visite du musée ferroviaire de Novosibirsk...
 Mais il faudra attendre !
Les derniers envois ont été groupés car la première Wifi que nous avons trouvée est dans une chambre d’hôtel à Novossibirsk.

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