Deuxième journée dans le transsibérien
Pendant la nuit, nous avons traversé l’Oural dont nous n’aurons aperçu, dans le crépuscule et le brouillard, qu’un piedmont de collines couvertes de sapins assez semblable aux Vosges.
Au
réveil, malgré les 26° du wagon, le bas des rideaux est collé à la vitre par la
glace. Il doit faire froid dehors. Le soleil se lève sur une plaine sans fin.
La neige a changé : moins profonde, plus ancienne, une neige sur laquelle
le vent a soufflé, laissant à sa surface des lignes sinueuses comme sur le sable
d’une plage. Plus de sapins mais des bouleaux entourant de vastes étendues
dégagées, prairies ou champs cultivés, impossible à dire sous la neige.
Nous
sommes en Asie, en Sibérie. Le thermomètre de la gare affichera -29° à midi.
Les fumeurs descendus en short aux arrêts ont disparu mais Bernard en verra un
en sandales !
A Omsk,
le train couchette se vide. Les militaires descendent rejoindre leurs
régiments. Nos deux compagnons en font partie et nous quittent sans dire au
revoir, comme il se doit quand on est Russe. Nous continuons seuls pour
l’instant et nous en profitons pour nous étaler un peu.
Restent
dans le wagon quelques couples et quelques familles qui vont probablement
quelque part, pas pour faire du tourisme. Avant de quitter le train, ils
enfilent les tenues de ville, chemise, cravate, costume après avoir trainé
toute la journée en pyjama. Les passagers se sont maintenant bien installés et
chaque compartiment révèle la personnalité de ses occupants. Il y a ceux qui
restent allongés toute la journée, les bordéliques entourés de toutes sortes
de sacs, les ordonnés qui n’ont presque
rien sorti de leurs bagages mais presque tous passent la journée le nez sur
leur téléphone. Finis les conversations et les jeux dans le Transsibérien. Nous
n’avons également pas encore vu de saoulerie à la vodka.
Soudain,
de violents coups résonnent dans tout le wagon. Je me précipite. La « chef
de wagon » est en train d’attaquer les WC à coups de barre de fer !
Armée d’un seau d’eau bouillante et de la barre de fer qui lui sert en gare à
décrocher la glace des roues et des freins, le pied sur la pédale du clapet qui
ferme le tuyau d’évacuation (système toilettes avec évacuation directe sur la
voie), elle brise énergiquement la glace qui s’est formée dans le dit conduit
et notre urine congelée tombe sur la voie. En gare, elle avait déjà brisé la
stalactite qui s’était formée dehors, à l’extrémité du tuyau. Un flot de russe
dont le ton est parfaitement compréhensible se déverse sur moi. Inenvisageable
de filmer ou photographier cette scène, je crois qu’elle m’aurait balancée sur
la voie. Pour éviter les 3 heures de colle imminentes, je bats piteusement en
retraite. Ces « chefs de
wagon », qui ont tout du « surgé » de notre enfance, règnent en
maître absolu sur « leur » domaine. Malheur à celui qui, absorbé par
la contemplation du paysage, obstrue le couloir quand elles passent avec leur
seau, leur aspirateur et leur balai. Il y a tout intérêt à leur libérer la
place en s’enfilant rapidement dans n’importe quel compartiment. J’ai subi leur
vindicte hier en m’approchant innocemment de la porte des WC alors qu’elle
était déjà fermée en prévision d’une arrivée en gare (20 min avant, pendant, et
20mn après ; heureusement que ce train n’est pas un omnibus !)
Voila,
la matinée est déjà terminée. Il faut dire que nous perdons deux heures par
jour. Je ne comprends rien à ces fuseaux horaires qui changent sans arrêt alors
que le train est loin d’être un TGV. J’ai envie de rester dans ce train où on
peut lâcher prise et se laisser conduire tout droit vers l’est mais il va bien
falloir descendre et replonger dans la vraie vie. Je laisse le clavier à
Bernard pour le récit objectif et ferroviaire.
Voilà ;
c’est l’étude puis le choix des photos prises au vol durant la journée qui va
guider l’élaboration de mon compte rendu.
Premier
arrêt de jour de 2 minutes à Nazyvaevsk ; et là, oh surprise ! une
loco monument. Évidemment, pas le temps de descendre pour cadrer ! Voilà
le résultat :
Laissant,
si l’on peut dire, le temps au soleil de prendre de la hauteur, le paysage ne
change guère ; on arrive à Omsk, ville industrielle de 1,15 millions
d’habitants, lieu d’exil de Dostoïevski. Juste avant, chaque voie de la ligne
franchit la rivière Irtych par un pont à 6 travées :
Cette
fois, notre train marquait un arrêt de 16 minutes, au premier quai !
Catherine
en profita pour rentrer dans la gare pour acheter de quoi manger à midi :
en fait, deux chaussons au poulet et à la pomme de terre… L’entrée dans la gare
est plus majestueuse que le chausson, mais il fait bon dedans alors que dehors,
le thermomètre affichait – 29° !
Je suis
resté dehors pour arpenter le quai à la recherche de clichés intéressants.
Voilà d’abord un diesel HLP (de manœuvre ?) qui doublait notre
train :
Puis,
sur le quai, un train de chariot à bagages… Les traditions ne se sont pas
encore perdues !
Il
apparaît, de manière générale, que le personnel est nombreux (bonne solution
contre le chômage ?) mais que chacun a une tache bien définie, comme nous
l’avions connu autrefois ; il est vrai aussi que le froid intense
multiplie la difficulté des tâches. Par exemple, pour atteler la nouvelle loco
au train à Barabinsk, il y avait, outre le mécanicien, l’atteleur qui
surveillait le bon enclenchement de l’attelage automatique, celui qui
accouplait les conduites de frein, un autre qui effectuait (sans doute avec un
complice en queue) l’essai de freins, et je suis parti avant le raccordement de
la ligne de train… Bien sûr, il y avait comme la veille, tous ceux qui ont
« déglacé » les freins des voitures, les conduits d’évacuation des
WC, les surveillants de quai, …
Bref,
après cet arrêt, nous avons décidé d’aller voir (de l’intérieur) le wagon
restaurant qui a, d’après certains guides, mauvaise réputation. Et, oh
surprise, l’aspect était plutôt alléchant. Voici la salle :
Et le
bar :
Mais le
menu, bien présenté, était presque alléchant ; « le business
lunch » était à 650 roubles alors que nous en avions pris un à 140 roubles
à Souzdal.
Pour
accéder au wagon restaurant, il faut traverser plusieurs voitures et passer par
le « soufflet » = bourrelets UIC maintenant. Une première porte donne
sur le « vestibule », non chauffé, qui permet de descendre sur le
quai via un marchepied à 4 marches déployé par la « provodnitsa » (=
conducteur de wagons lits) à chaque arrêt.
Maintenant,
une deuxième (lourde) porte permet d’accéder au passage entre les deux
voitures ; là, c’est la température extérieure ! ( – 25° )
Un
arrêt de 2 minutes (respectées) à Tatarskaya permet la prise de quelques
clichés au travers de la vitre de notre compartiment ; Voici d’abord un
train, sans doute, de desserte locale (ce sont des automotyrices et elles se
ressemblent toutes)
J’ai
surpris un ensemble de deux wagons citernes encadrant un autre wagon fermé que
j’identifierais bien comme un train déherbeur…
Avant
d’arriver en gare, à la faveur de la réduction de vitesse, j’ai pu
rephotographier un PN fermé avec ses plaques « anti-franchissement »
relevées. Ce système permettrait peut-être d’éviter des accidents meurtriers
mais il doit être onéreux à mettre en place mais moins cher qu’un passage
supérieur !
A
l’arrivée à Barabinsk, d’autres surprises m’attendaient. C’est une ville qui
accueille des ateliers d’entretien du matériel ferroviaire. En voici une preuve
avent l’entrée en gare :
Juste
avant le BV, une loco électrique « monument » était placée sur un
coupon de voie isolé et devait rappeler les débuts de l’électrification de la
ligne.
De
l’autre côté du BV, alors que je montais
sur une passerelle condamnée pour prendre un train de charbon de passage,
quelle
ne fut pas ma surprise de découvrir, derrière les trains, une autre loco
monument :
Et là,
presque aucun obstacle pour l’avoir en entier !
Pour
terminer cette journée, je vous montre une « rafale » de photos d’un
train de fret afin d’illustrer la variété de la composition de la majorité des trains
qui nous croisent.
Je vous
donne RV au prochain épisode avec la visite du musée ferroviaire de Novosibirsk...
Mais il faudra attendre !
Les derniers envois ont été groupés car la première Wifi que nous avons trouvée est dans une chambre d’hôtel à Novossibirsk.





























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